" Tout au long de l’année 2015, le mot est associé dans le discours médiatique à des termes très négatifs tels que illégal, vague, flux, morts, ainsi qu’à des images de camps et de naufrages. Le discours politique se distingue par des associations de sens qui actualisent la métaphore du débordement, comme dans cette déclaration du premier ministre britannique David Cameron en juillet 2015 :
- Il y a une nuée de migrants qui traverse la Méditerranée à la recherche d’une existence meilleure, et cherche à venir au Royaume-Uni parce qu’il y a du travail, que son économie est en pleine croissance et que c’est un endroit incroyable pour vivre."
Laura Calabrese dans "penser les mots, dire la migration"
"Le 20 août 2015, Barry Malone – online editor de la version anglophone de la chaîne d’information panarabe Al Jazeera (AJ) – annonce dans un post de blog que celle-ci n’utilisera plus le mot migrant pour se référer aux gens qui traversent la Méditerranée en provenance du Moyen Orient :" The umbrella term migrant is no longer fit for purpose when it comes to describing the horror unfolding in the Mediterranean. It has evolved from its dictionary definitions into a tool that dehumanises and distances, a blunt pejorative. (“Why Al Jazeera will not say Mediterranean ‘migrants’”, aljazeera.com, 20-08-2015) (Laura Calabrese, en 2017)
L'article continue: "It already feels like we are putting a value on the word. Migrant deaths are not worth as much to the media as the deaths of others – which means that their lives are not. Drowning disasters drop further and further down news bulletins. We rarely talk about the dead as individuals anymore. They are numbers.
When we in the media do this, when we apply reductive terminology to people, we help to create an environment in which a British foreign minister can refer to ” marauding migrants ,” and in which hate speech and thinly veiled racism can fester."
"Selon la deuxième posture, plus militante, chaque mot a un « poids » différent qu’il faut savoir reconnaître dans le but de faire des choix sémantiques sensés. Ainsi, migrant a acquis un poids particulièrement négatif dans ses usages contemporains, ce qui empêche son usage dans certains contextes, comme le montre l’exemple suivant : « Ceci n’est pas une crise des migrants » (brochure publiée par l’association belge CIRE, Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers, avril 2017)." Laura Calabrese dans "penser les mots, dire la migration, p.157"